Alaska Part. 3 – Dalton Highway

Fairbanks, le 29/06/2013. Nous dormons dans un camping en bordure de la ville, le Sven Base Camp, où se mélangent quelques touristes et des ouvriers du pétrole en permission. Le centre de Fairbanks est minuscule et le reste de la ville très étendu au bord de la Tanana River. 32 000 habitants, une université et beaucoup d’arbres. Nous allons récupérer notre voiture demain. Après, direction le Nord, jusqu’au bout de la route la plus septentrionale d’Amérique : La Dalton Highway. Plus de 800 km de piste à travers le vide jusqu’à Deadhorse et l’Océan Arctique.

Day 6

Marion creek, 23h30 le 30/06/2013. 65 miles après le cercle arctique sur la Dalton Highway. Nous allons passer la nuit dans notre 4×4. Les moustiques ont fui à cause de la pluie.

Ce matin nous avons quitté notre camping à toute vitesse car le taxi venu nous chercher pour nous emmener chez Go-North était en avance. Il nous a fait traverser Fairbanks, 6 km de route poussiéreuse en plein cagnard (Eh oui, l’été il fait très chaud à Fairbanks, la ville est dans une cuvette), bref nous avons bien fait de prendre un taxi ! Chez Go-North tout s’est très bien passé. Le SUV, que l’on avait eu du mal à réserver par téléphone à plus de 10 000 km de distance, était bien là. Jean-Loup était un peu impressionné à l’idée de conduire une voiture à boîte automatique mais il s’y est vite fait. On a quitté Fairbanks et mis cap au Nord. Pendant deux heures, jusqu’à Livengood, la route serpentait à travers la forêt et déjà tout semblait vide et immense. 2 miles plus loin, l’asphalte s’est arrêté et c’était le début de la Dalton Highway ! Sur les 180 premiers miles que l’on a parcourus aujourd’hui presque la moitié étaient finalement goudronnés. Les parties en terre, elles, étaient pratiquement toutes aussi praticables. Dès le début on a croisé un élan, seul cette fois. C’est mon frère qui l’a vu le premier mais il a cru qu’il était faux. Il ne bougeait absolument pas. Quand nous sommes arrivés à une vingtaine de mètres, il s’est finalement décidé à montrer des signes de vie et en quelques secondes il a disparu dans les bois qui bordaient la piste. On a roulé au milieu de plaines recouvertes de milliers de sapins étranges ; tantôt verts et touffus, tantôt presque morts comme brûlés par la chaleur des étés sans nuit. Ça ressemblait à des champs de brindilles sèches géantes, à des allumettes consumées. Nous n’avons pas tardé à rencontrer un second élan avec son petit. Ils ont traversé la route devant nous comme si de rien n’était.

Dalton Highway

Au bout de deux heures de route (56 miles), on a traversé le Yukon, le fleuve mythique de la ruée vers l’or qui descend des Rocheuses canadiennes et traverse tout l’Alaska d’Est en Ouest. Pour moi, c’était un rêve d’enfant qui se réalisait : le Yukon c’est Jack London, le grand Nord et tout l’univers romantique de mes dix ans. Je me rappelle qu’en CM2, je me moquais intérieurement des lecteurs d’Harry Potter car, moi, je lisais Jack London et Jules Verne. Bref, on s’est arrêtés dans un baraquement juste après l’immense pont en bois qui traverse le fleuve. Il y avait un genre de dinner et une pompe à essence. Le truc en effet, c’est que sur les 660 km de la Dalton Highway, il n’y a que trois pompes à essence, donc, dès qu’on peut, il faut faire le plein. En fait, sur cette route, il n’y a rien. Les trois seuls villages avant Deadhorse sont composés de trois maisons et deux ou trois grands baraquements qui ressemblent à des préfabriqués posés à même le sol ou sur des pilotis. Alors que la route a été construite pour l’entretien d’un immense pipeline qui traverse l’Alaska du Nord au Sud (la ruée vers l’or noir des années 1970), l’essence y est plus chère que partout ailleurs en Amérique. Je vais m’arrêter là pour le cours de géographie. Nous avons continué notre route à travers un paysage de grandes plaines et de lacs. Au mile 115, nous avons traversé le Cercle Arctique. Je n’étais jamais allé aussi loin au Nord de toute ma vie. En fait, en arrivant à Anchorage j’avais déjà dépassé mon précédent record des Highlands écossaises. L’Alaska est si vide et immense… sur cette route, on a vraiment l’impression de s’éloigner de tout. On se sent hors du monde, dans un endroit qui n’est pas fait pour l’Homme. Le paysage ne semble pas avoir de fin. Mais la route continue, elle s’enfonce de plus en plus loin vers le Nord. Après les plaines ce furent les montagnes, les Philip Smith Mountains, dont nous continuerons la traversée demain. Pour l’instant il faut que je dorme, on a prévu de repartir à 6h demain matin. Ici, il n’y a plus du tout de nuit. Il est minuit et le soleil est encore haut dans le ciel. Il y a davantage de lumière maintenant que lorsque nous sommes passés sous des averses cet après-midi. J’espère que je ne vais pas avoir trop de mal à m’endormir. Cette journée à été géniale, je n’en reviens toujours pas d’être ici. Je devais avoir l’air un peu ridicule à m’extasier chaque fois que nous passions un col et découvrions une nouvelle vallée. J’ai hâte d’arriver à Deadhorse et de voir l’Océan Arctique. Nous allons essayer de poster des lettres de là-bas, j’y recopierai une partie de ces notes. Il faut que j’écrase un moustique qui a réussi à pénétrer dans le 4×4 et que j’essaie de dormir maintenant. Demain le bout de la route la plus au Nord de tout le continent américain nous attend…

ALASKA 2013
PART.1 – Anchorage
PART.2 – Denali Park
PART.3 – Dalton Highway
PART.4 – DeadHorse

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