Mare Nostrum

Mare Nostrum est un projet de documentaire sur la chasse et l’exploration sous-marine.


Note d’intention

Quand j’étais enfant, en semaine et parfois le week-end, mon père partait en mer. Il accrochait son vieux zodiac bleu recouvert de rustines noires derrière la voiture et roulait jusqu’à un glissant. Là , il faisait lentement descendre son bateau jusqu’à l’eau et s’éloignait sur la mer. Pourtant mon père n’est pas un pêcheur, il est professeur de mathématiques. Mais c’est aussi un chasseur : un chasseur sous-marin.

J’ai grandi à Marseille, j’ai moi aussi navigué parmi les îles et dans la baie. D’abord moussaillon avec mes frères, puis pêcheur à la canne pour la soupe et, vers treize ou quatorze ans, chasseur sous-marin à mon tour.

Chasseur sous-marin. Aujourd’hui, à l’époque de l’écologie et de la protection des écosystèmes, la chasse sous-marine peut paraître archaïque. Et c’est vrai qu’en presque quinze ans de chasses et de plongées, si j’ai appris à connaître la mer, je l’ai aussi vue changer : elle qui semblait infinie, devient de plus en plus petite et vide. Si l’on remonte encore plus loin, une centaine d’années de pillages et de rejets en mer ont profondément et durablement marqué la Méditerranée toute entière.
Mais justement, je crois que contrairement à ce que l’on pourrait penser, dans leur très grande majorité les chasseurs sous-marins s’inscrivent dans le mouvement de protection et de respect des océans. Comme le dit Nicolas Hulot, « on ne naît pas écologiste, on le devient », et ce devenir passe par l’émerveillement et l’amour de la nature que, tout prédateur qu’il soit, le chasseur sous-marin ne manque pas d’éprouver à travers l’aventure qu’est la chasse sous-marine.

Pour moi, ce constat de l’empreinte de l’activité humaine sur notre planète fut lié au passage du monde de l’enfance à celui des adultes. Persuadé à l’origine que le monde était infini, je découvrais alors qu’il n’en était plus rien et que l’abondance, la liberté et l’inconnu des récits d’aventures qui avaient bercé ma jeunesse appartenaient à un temps révolu. Le monde moderne était balisé et l’aventure difficile à trouver. Mon père et la chasse sous-marine m’apparaissaient alors comme l’une des rares sources d’aventures à subsister.
Dans Mare Nostrum, au-delà de cette histoire personnelle, je veux précisément raconter l’aventure qu’est la chasse sous-marine et m’intéresser à son histoire qui, bien plus que de chasse et de plongée, parle de l’exploration d’un univers si différent que certains ont pu le nommer le Septième continent. Une exploration qui trouve précisément ses origines à Marseille, la ville où a été inventé le scaphandre autonome, la ville du marégraphe qui a donné au monde l’altitude zéro, la ville de Cousteau, de Beuchat ou encore de la Comex.

Aujourd’hui, les innovations se font ailleurs, mais il existe toujours dans cette ville une communauté qui, sans que personne ne le sache réellement, passe son temps à sillonner les fonds et s’inscrit dans le prolongement de cet esprit de découverte. Avec eux, ce n’est donc pas une simple histoire de pêcheurs que je veux raconter mais l’histoire d’une aventure qui se passe sous l’eau, dans un monde véritablement étranger. Ce n’est pas une histoire de vacances non plus, nous avons tous mis un masque, fait un baptême de plongée ou même parcouru la côte avec une petite arbalète, c’est une histoire de passion. La passion d’hommes qui vivent la mer même quand ils n’y sont pas, qui connaissent merveilleusement les moeurs des poissons, réfléchissent aux vents, à la houle, parfois à la marée, sortent en mer toute l’année, sous la pluie et même quand la température extérieure descend bien en dessous de celle de l’eau.

Je veux construire un récit qui rende au mieux cet univers et le rapport que les chasseurs entretiennent avec lui. A travers les histoires de mon père et des autres chasseurs discrets, je raconterai ce monde qui commence à quelques mètres sous la surface, à quelques mètres de celui que nous habitons. La beauté et l’étrangeté, les rencontres, les problèmes, le braconnage, la fragilité du milieu, l’ambiguïté d’un parc marin qui protège mais exclut… Les chasseurs sous-marins à Marseille se font plus rares et de moins en moins jeunes. Avec la création du parc se pose donc aussi la question de la possible disparition d’une activité qui est bien plus qu’un sport et, au delà , celle du rapport de l’homme moderne avec le monde sauvage.

C’est ce rapport au monde, au dépassement de soi, à l’autonomie que je veux essayer de mettre en image mais aussi de comprendre. Le besoin d’aventure, que j’ai toujours ressenti chez mon père et qui ne faiblit jamais. Ce désir qui, dans ma famille, semble se transmettre de génération en génération.« Conquérant de l’inutile » raisonnable, mon père à vécu une vie dans laquelle l’aventure a toujours tenu une place importante sans pour autant qu’il n’en devienne un professionnel. J’ai aujourd’hui 27 ans et, parisien dans un monde où la main mise de l’homme ne cesse de s’étendre, l’aventure me semble de plus en plus difficilement accessible et souvent restreinte aux seuls professionnels de l’exploration. C’est cette quête d’aventure qui anime les chasseurs sous-marins que je veux raconter.

Enfin, le récit de Mare Nostrum sera aussi celui sa réalisation, celui de l’aventure d’un tournage sous-marin. J’inviterai le spectateur à me suivre, à vivre la chasse sous-marine mais aussi mes questionnements et mes choix.

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